Il était temps : s’ancrer dans le présent

Attention !

Je dévoile plusieurs éléments de l’intrigue.

« Il était temps » réalisé par Richard Curtis (2013)

Je commence par un petit mot gentil : j’ai aimé regarder ce film. Je lui ai même donné une note positive sur Senscritique (7/10). Maintenant que j’ai prouvé que je n’étais pas là pour casser gratuitement, laissez-moi vous expliquer pourquoi j’ai froncé un peu trop les sourcils lors de mon visionnage.

L’identité et la spontanéité aux abonnés absents

Tout commençait bien, avec une présentation de la famille du protagoniste qui nous fait sourire. D’entrée de jeu, je partais avec l’envie d’en savoir plus sur ces personnages. Puis vient la description de Tim :

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Sur le moment, j’ai rigolé tout en m’attachant de suite à ce grand type qui a l’air maladroit mais adorable. Nice guy  en vue ? Un tantinet, mais je ne vais pas m’aventurer sur ce terrain. Avec du recul, c’est-à-dire après avoir fini le film et y avoir repensé, cette description qu’il fait de lui-même n’est pas si drôle. On peut rire de soi-même mais ici j’avais plus l’impression d’un jeune homme mal dans sa peau, dont on rit à ses dépends. Le contraste paraît encore plus frappant puisque vient tout de suite après la description de sa petite sœur et il ne tarit pas d’éloges ! Je les trouve un poil trop fusionnel, en fait.

Tim va ainsi tout au long du film confirmer l’impression de mal-être. Cependant, c’est subtil et on n’y pense pas vraiment, car le film est après tout une comédie romantique – du moins, vendu comme tel alors qu’il y a aussi un chouette message sur la vie en général. Autre cas pour appuyer mes propos : l’usage qu’il fait de son pouvoir extraordinaire. Mais avant, rappelons quel est le but de notre protagoniste :

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Son père ne se moque pas de lui (bon point pour ce personnage) et semble même impressionné de découvrir son fils sous ce nouveau jour. La scène peut provoquer deux réactions. D’une part, la majorité du public peut se réjouir : « Quel noble but – même s’il a parlé de gagner de l’argent avant – l’amour l’emporte toujours ! » D’autre part, c’est moins courant mais on peut se dire : « Avoir une petite amie est un but ? En soi se mettre en couple est une excellente chose (quoique pas obligatoire) mais pourquoi ça deviendrait une nécessité pour être heureux ? »

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Lecteurs : « Tu réfléchis TROP » — Moi : « … » (Source : evansluke.tumblr.com)

Alors oui, vous l’aurez deviné, j’ai surtout pensé à la seconde option. Mais avant, je suis « tombée dans le panneau » et comme beaucoup j’étais contente de la réponse du personnage. Mais ça, c’était avant (pourrie par la pub~ hum pardon). Récapitulons : Tim manque singulièrement de confiance en lui et s’imagine que sa vie ne sera pas complète s’il ne trouve pas l’amour. « Tu exagères, comment sais-tu qu’il manque de confiance en lui ? »

Retour au pouvoir extraordinaire mentionné plus haut. Il peut voyager dans le temps, mais seulement dans le passé et dans les endroits dont il se souvient. Si son père a utilisé ce pouvoir pour surtout lire des quantités astronomiques d’œuvres, Tim va s’en servir un peu trop souvent pour corriger des détails. Et là, je dis stop. D’un point de vue comique, c’est très amusant. Mais si on y réfléchit en profondeur, n’est-ce pas un peu dérangeant ?

Exemple : il reproduit trois fois sa première fois avec la fille de ses rêves, car il n’était pas satisfait de sa performance. Pourtant la fille comprend que pour une première fois ça ne peut pas être de suite la « baise du siècle » Mais non, il remet le couvert afin d’être parfait. Outre le caractère hilarant de cette scène, je trouve deux choses malsaines.

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Lecteurs : « ça y est, c’est reparti… » (source : chaoticcassidy.tumblr.com)

Premièrement, si lui sait qu’il a vécu le moment de trois manières différentes, elle ne gardera en souvenir que la troisième fois. Elle est lésée par cette absence de souvenirs puisqu’elle sera persuadée toute sa vie que sa rencontre avec son copain était authentique. Je ne rentre pas dans les détails, mais pour qu’ils en arrivent dans la chambre de la demoiselle, il a fait des pieds et des mains (à vous de revoir le film d’un œil neuf si ça ne vous dit rien).

Deuxièmement, cela prouve son manque de confiance en lui car il n’accepte pas ses « erreurs » alors que c’est la meilleure manière pour construire son identité. C’est une vie dans le mensonge qu’il risque de mener s’il utilise son pouvoir à tout va. Comme pour son mariage, il recommence plusieurs fois puisque le discours prononcé ne lui plaît pas. Si dès le départ il avait pris la peine d’y penser sérieusement, il aurait tout de suite désigné son père au lieu de passer par un collègue de travail, un ami d’enfance et un ami du père. « C’était pour faire rire ! Tu vas trop loin ! » Je sais… j’ai ri pendant ces scènes mais ça ne m’empêche pas de décortiquer le film. Finalement, Tim est train de flouer tout son entourage mais le pire c’est qu’il se ment à lui-même. Ce manque de spontanéité et ce refus d’accepter que tout ne se passe pas comme prévu enlève toute saveur à la vie. Heureusement que le film se finit bien – on y reviendra.

La quête de l’amour, la vie en couple et son lot de clichés

Vous aurez compris dans la première partie de l’article que je trouve stupide l’idée selon laquelle l’amour se résume à un but. Ce n’est pas une denrée qu’on peut acheter au supermarché et encore moins un animal qu’on se doit de débusquer (et même les animaux, laissez-les tranquilles, zut). On ne peut pas vivre sans amour, cependant. Avant de crier à la contradiction, sachez que par amour, je ne vois pas que l’amour du couple qu’on vante à longueur de temps au cinéma. L’amour se décline en plusieurs variations, l’amitié en fait partie, l’amour qu’on peut se porter à soi-même aussi (il est d’ailleurs bien trop rare et peu enseigné, c’est pour ça que le monde va mal). Pour revenir au film, on assiste à 4 schémas de couple, tous bourrés de clichés.

« Ah ben merde, elle a encore des trucs à raconter ! » (source : arashi-oh-yeah.tumblr.com)

Tout d’abord, les parents de Tim. J’apprécie l’effort du réalisateur de les avoir présenter individuellement. Avant d’être un couple, ce sont deux personnes ayant chacun leur propre personnalité. Le seul reproche que je peux faire c’est leur manque d’interaction à l’écran. Sans oublier le fait que le père de Tim n’a jamais parlé de son secret (son pouvoir) à sa femme. Là, on peut dire que ça dépend des gens mais pour ma part j’ai horreur des secrets. Je préfère la vérité crue même si c’est douloureux  dixit ma maman plutôt que cette absence flagrante de communication. C’est sous-estimer l’autre que de lui cacher des choses…

Autre couple, autre ambiance : l’ami du père chez qui Tim va habiter. Alors je n’ai pas compris s’il était divorcé ou si sa femme était morte. Quel que soit le cas, au premier abord il a des propos assez rudes envers sa femme et même envers sa fille – toutes deux sont absentes, on ne les verra jamais sauf sur des photos dans la maison. Mais on a voulu nous faire comprendre qu’il les aime quand même. Je trouve cette approche assez moyenne, soit il aurait fallu développer un peu son histoire, soit ne rien mentionner de tout ça. Car le résultat final est que c’est l’énième personnage acerbe et cynique, victime de son malheur et dont le rôle est de nous faire rire. Et de nous faire rire avec des blagues agressives et grossières, choses dont on ne rirait pas si on avait réellement quelqu’un comme ça en face de soi. Mais dans le confort de notre canapé, à l’abri de ses invectives, pas de problème, n’est-ce pas…

Troisième couple, sur une pente glissante et ô combien délicate. La petite sœur de Tim (Katie) s’est acoquinée avec un bad boy, plus tard dans le film elle a même un accident de voiture à cause de lui (il n’était même pas dans la voiture donc bon…). Là, j’avoue avoir craché comme un chat en colère parce que les messages passés sont arriérés mais je n’oublie pas que la fin du film rattrape bien tout ça, ouf. Je n’aime pas que l’on diabolise le petit ami de Katie, un problème de couple, c’est à deux. De plus, Tim au début vient se mêler de ses affaires en lui apportant la solution sur un plateau d’argent. C’est loin d’être une bonne idée puisque Katie ne prend pas ses responsabilités, elle est infantilisée. Et qui sait si après ce sauvetage temporaire, elle ne retombera pas dedans ? A elle d’avoir le déclic et de vouloir améliorer sa vie – avec l’aide de ses proches, mais l’impulsion doit venir d’elle en premier lieu. Enfin, son grand frère lui propose même un candidat pour sa future relation amoureuse. Euh, là, ça pue le paternalisme…

“The beginning of a dream rings, rings”, Kyary in “Yume no Hajima Rin Rin”.
J’aurai préféré ce genre de message (source du gif)

Et enfin, Tim et Mary, le couple star. J’ai quantité de choses à dire mais l’article est déjà trop long. Pour résumer, Tim a stalké Mary, l’a séduite en trichant et en lui servant des phrases d’accroche toutes prêtes. Jamais il ne révèlera la vérité sur leur rencontre (il a été à bonne école avec son père, rappelez-vous). Il l’a demande en mariage juste après avoir été sur le point de la tromper : ce doit être une forme de romantisme qui m’échappe. Pour pinailler, j’ai trouvé lourd aussi le fait qu’il lui rappelle qu’elle s’appelle comme sa mère (je ne pousserai pas l’audace à sur-analyser ça). Mary n’est pas non plus une blanche colombe puisqu’elle infantilise son copain devant ses parents : la fameuse scène comique où la seule fois il peut placer un mot, c’est pour sortir une énormité sur leur relation sexuelle. Pour finir, si on peut vaguement voir pourquoi il est tombé amoureux d’elle, l’inverse n’est pas valable. Ok, le film est du point de vue de Tim mais ça n’empêche pas que Mary étant un personnage à part entière, on aimerait savoir ce qu’il se passe dans sa tête. Bonus : la première tentative de copine se trouve être l’amie de la petite sœur et mis à part qu’elle est jolie, je ne vois pas pour quelle raison Tim veut sortir avec elle. Mais on l’excusera puisqu’il n’est pas sûr de lui et que l’amour est un but dans la vie, voyez-vous.

Beaucoup de ratés mais un final qui sauve le tout

Pour rester sur une note positive, saluons le film qui se termine intelligemment. Tim, tout comme le spectateur, gardera en tête que savourer son quotidien est à la portée de n’importe qui et que même les jours ordinaires sont inestimables. Encore faut-il se rendre compte de la portée de notre attitude (on en parle très bien par ici). On retiendra aussi la thématique du deuil et du lâcher-prise, que ce soit avec les vivants ou les morts. En acceptant le décès de son père, en laissant sa sœur se remettre en question (avec leur soutien silencieux mais présent), Tim a bien gagné en maturité et nous donne matière à penser sur notre propre vie. Après tout, l’instant présent est ce qui compte !

P.S : rien à voir, mais on entend cette chanson au début du film, lors du Nouvel An.

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2 réflexions sur “Il était temps : s’ancrer dans le présent

  1. Un très bel article qui me montre le film sous un autre angle que celui dans lequel je l’ai vu ! J’apprécie beaucoup ton sens critique, tu décris toujours les choses de manière très juste.

    Je pense que le film reste bon, il a beaucoup de points positifs, mais si effectivement les scénaristes avaient eu ce souci de ne pas se laisser aller à de mauvais réflexes, il aurait été irréprochable.

    J'aime

    1. Merci à toi ❤
      Je partage ton avis, d'ailleurs je conseillerai volontiers ce film si quelqu'un cherche quelque chose de léger et original. Malgré ses défauts, en tant que "feel good movie" il est impeccable. Et tu as bien fait de me parler ce de film 😉

      Aimé par 1 personne

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